L’illusion de la réalité


Nous percevons de plus en plus la réalité du monde qui nous entoure par des prismes. Il peut s’agir de celui des médias, de celui des réseaux sociaux ou bien encore des moteurs de recherche. Pourtant, comme tout cartésien le dit, « nos sens nous trompent »…

Que les médias soient selectifs sur ce qu’ils relatent, ce n’est pas nouveau. En effet, chaque rédaction a une orientation, politique et/ou commerciale et le lecteur achète normalement en connaissance de cause. Mais jusqu’ici, nous pensions qu’un moteur de recherche était neutre, et qu’un réseau social l’était aussi, ou orienté par ses propres utilisateurs. Ce dernier devrait alors être un miroir de la société ou d’une partie. J’ai eu l’occasion de parler déjà de parler de leur évolution et pourquoi je m’en éloigne. Reste alors le moteur de recherche et son pendant actuel : l’agrégateur d’actualité.

Google, puisqu’il faut bien parler du moteur utilisé par 90% des internautes, fournit des résultats selon un algorithme complexe. Mais il fournit aussi une petite vignette « actualité » en tête de recherche, ou permet aussi d’avoir un service de nouveauté. Cela oriente donc l’utilisateur à s’informer par ce biais. Les sujets sont choisis parmi les plus traités par les médias, et les médias se nourissent eux même des sujets les plus populaires, tels que les trace Google dans ses rapports. On tourne donc en rond et on finit par voir une information très partielle émerger. De la même manière, ce sont souvent les informations les plus reprises qui ressortent du lot. Mais ce ne sont pas forcément les plus pertinentes et véridiques.

Prenons un exemple : Une fausse information est diffusée par un site satirique. Elle est reprise sur des réseaux sociaux mais le second degré disparaît au fur et à mesure. Des blogs s’emparent de cette information, puis la presse dite « alternative ». Sur le sujet traité, les moteurs de recherche commencent à mettre cette information en tête des résultats. Les réseaux sociaux rediffusent encore cette information qui finit par arriver chez une personne sérieuse qui comprend que c’est faux et le démontre. Mais le mal est fait et cette idée est ancrée dans la tête des gens. La justification apparaît très loin dans la recherche par rapport à la fausse information qui est maintenant en tête. Récemment, nous avons pu voir ce fonctionnement à l’oeuvre, autant pour des futilités que pour des informations à caractère politique ou haineuses. Il n’y a pas que par un site satirique que cela peut débuter, d’ailleurs.

Google a tellement perfectionné ses algorithmes que deux personnes qui recherchent la même chose n’auront pas forcément le même résultat. En effet, le résultat est maintenant contextualisé en fonction de nos propres goûts. Cela nous installe dans une sorte de bulle de confort mais aussi bien loin de la réalité. Par rapport aux « simples » moteurs de recherche ancestraux qui tentaient vaguement de définir la pertinence d’un site par rapport à un besoin, on essaye de mâcher le travail d’analyse et de comparaison de l’internaute. Si j’utilise aujourd’hui un DuckDuckGo ou un Qwant, je ressens moins cet effet de bulle, mais parfois cela m’amène à chercher un peu plus loin le résultat qui m’intéresse vraiment. Le confort de Google finit par m’installer dans une illusion de réalité et une perte d’esprit critique. L’efficacité dans le temps en devient même relative puisque l’on va privilégier les pages et sites récents par rapport à des informations parues il y a quelques années et non réactualisées, ou peu ‘linkées »(traduire liées).

Plus ça va, plus je m’éloigne de ma bulle de confort et de l’utilisation de Google. Pourtant, l’utilisation de moteurs alternatifs n’est pas toujours la seule solution. Il faut retrouver des réflexes que l’on a perdu par fainéantise, à savoir avoir des références solides et fiables pour les consulter, et comparer plusieurs sources d’information. Trop souvent, on se base sur le duo Wikipedia/Google pour orienter les « débutants », sans leur expliquer les tenants et aboutissants. Il faudrait sans doute un véritable apprentissage de l’utilisation de ces outils, faute de quoi, il suffira d’utiliser des robots pour apprendre et injecter le savoir via un chargement d’Eprom dans un cyber-humain.

 


SOURCE @ https://cheziceman.wordpress.com/2017/01/08/blog-lillusion-de-la-realite/